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Prologue

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« Jour pour jour, heure pour heure, vie pour vie. »

___Faire le lit au carré, aligner les oreillers, nettoyer les vitres, passer l'aspirateur. Voilà comment se résumait mon quotidien. Je ne savais même pas pourquoi j'avais accepté ce travail. Nan mais sérieusement. Déjà que je ne faisais pas le ménage chez moi, pourquoi le faire chez les autres. Et quels autres, des gens complètement transparents, dépourvus de respect envers les personnes qui ont un compte bancaire inférieur à 500 000 euros. Et y'en avait qui trouvait encore à redire. Des trucs complètement inutiles bien sûr, avec à chaque fois dans leurs phrases le fameux verbe : réaliser. Non, je ne réalisais pas. Pour moi, faire le ménage dans la chambre de grandes personalités, c'était mon travail rien de plus. Surêment que j'avais accepté ce poste parce que les horaires étaient pas mals, et surtout parce que j'avais besoin d'argent. Berlin avait beau être une magnifique ville, remplie d'histoire, de gens sympathiques, et de boites de nuits ultras géniales; cette vie était chère. Mais je l'avais choisie comme ça. En partant de Paris, j'avais proclamé mon indépendance. Au desespoir de mes parents qui me souhaitaient de longues et enrichissantes études, j'avais fais mes valises à 18 ans. Jour pour jour, heure pour heure, vie pour vie. Mes parents ne m'en voulaient pas, seulement j'avais fais un choix, j'étais devenue adulte, je prenais mes responsabilités. Alors, avec quelques milles d'euros sur mon compte, je louais un studio en plein centre de la capitale allemande. Même si je passais toutes mes journées à nettoyer, frotter, balayer, j'étais contente de ma vie ici. J'étais le personnel transparent de l'hôtel luxueux. J'étais la fille qui nettoyait votre chambre en 1 heure. J'étais celle qui faisait briller le carlage de votre salle de bain, j'étais la disposition des échantillons. Les cheveux attachés, les vêtements repassés. Le Bac en poche, j'étais partie pour cette vie là. La liberté, c'est tout ce qui m'intéraissait. Et puis il faut bien l'avouer, les filles étaient sympas; le patron d'une cinquantaine d'années me faisait les yeux doux, et les cuisiniers me laissaient goûter à leur nouveaux plats. J'avais la belle vie, en quelque sorte.

___Alors, le soir je me libérais entièrement. Boite de nuit avec les copines, restaurant avec Alex, nuit blanche, toujours avec Alex et parfois les copains. Ma vie c'était ça, je voulais m'amuser, et il fallait que je bosse pour pouvoir le faire. La première journée de travail avait été assez difficile. Mais au bout d'une semaine, je m'étais adaptée au rythme. Ca devait faire a peu près quelques mois que je bossais dans cet hôtel, où j'étais entré par piston. Enfin, c'était plutôt parce que le patron connaissait mes parents, et qu'il m'avait toujours bien aimé. Il disait que c'était du au « charme français », et comme j'avais pas envie de perdre mon travail en lui remettant les yeux en face des trous, je me taisais, et je laissais faire. Après tout il était sympa, il m'avait entièrement formé, et il me payait bien plus que je ne l'aurais pensé.

___Je me battais avec le housse de couette qui valait plus cher que mon canapé, et sans m'en rendre compte je parlais à cette merde de couette dans mon jargon natal. Alors, une fois la bataille gagnée, je m'asseyai un instant sur le lit que je n'avais toujours pas terminé de faire. Recoiffant mes cheveux, je pensais à mon avenir. Alex et moi, les copines et moi, Paris et moi. J'avais beau ne rien dire, la France me manquait. Mais j'étais décidé à y retourner dès que l'occasion se présenterait. Et plus je réfléchissais, plus je me rendais compte que l'argent avait une place extrêmement importante dans chacunes de nos existances. Ma réflexion intense fut aussitôt interrompue par le grésillement du boitié électronique qui permettait d'accéder à la chambre. Je relevai la tête, aperçu une carte du personnel dans une main pafaitement manucurée, et entendai une voix rocailleuse me parler.

___________ _ Clara, dans mon bureau.

___Si je n'avais pas senti une sorte d'urgence dans sa voix, qui me paraissait moins rocailleuse que d'habitude, j'aurai pris le temps de lui expliquer que la chambre n'était pas terminée. Cependant, je préférai me taire et suivre ma patronne, qui paraissait quelque peu stréssée. Je le remarquai à cause de sa marche rapide, qui contrastait avec la marche détendue qu'elle employait les autres jours.

# Posté le mardi 24 juin 2008 06:24

Modifié le jeudi 26 juin 2008 15:18

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